memoire7

SCOTT ET ZELDA

Le premier livre de Scott Fitzgerald « L’envers du paradis » est une autobiographie romancée, une sorte d’album des souvenirs d’enfance et de jeunesse. Ce premier livre d’un auteur de 23 ans sera une bombe. Scott sera riche et célèbre en un jour. Pourtant le héros de ce livre, Amory Blaine, raconte déjà désillusions et défaites ; et déjà l’image de Zelda, sous les traits de Rosalind, jeune femme audacieuse, attirante, bien roulée et qui le sait, hante les lignes du récit, Le succès foudroyant du livre va lui permettre de la conquérir. C’est le prix à payer pour conquérir la belle et ce prix se révèlera très cher.
Grâce au succès de Scott, le couple Fitzgerald a gloire et argent. Ils se sont rencontrés en 1918. Zelda Sayre est une fille belle, intelligente, excentrique. Ensemble il vont réinventer l’amour fou, l’amour qui rend fou. Le temps qui passe ne compte pas. Ce qui compte, c’est le temps présent, celui qu’on brûle. Arrogance, fantaisie, passions, caprices, euphorie, improvisations, désinvolture, dissipation… voila les mots qui résument la vie du couple à cette époque. C’est la fuite en avant et très vite le début des crises morales, une lente détérioration, une perte de confiance en l’avenir et les perspectives qui s’offrent à eux. C’est seulement à ce moment là que le passé se justifie et remonte brutalement en surface, comme un bilan.
Son deuxième roman, « Les heureux et les damnés », met en scènes dans sa première partie sa vie conjugale avec Zelda, le grand amour de sa vie ; le vrai alimente le faux.
Du passé éphémère de la jeunesse remontent les souvenirs qu’ils faut mettre en ordre pour se donner une perspective d’avenir. Faire le point pour éclaircir le présent et donner du réel à l’avenir. C’est à devenir cinglé et c’est déjà trop tard.
Car ce qui est commencé comme une œuvre d’art va se terminer en fête gâchée, en tragique gueule de bois. « Tendre est la nuit » le chef d’œuvre de Scott Fitzgerald, est une sorte de transposition littéraire de sa vie privée, de l’exubérance – relire les débuts de son couple avec Zelda, son voyage en voiture décrit dans une nouvelle -- à la résignation, de la fréquentation de riches amis à l’éclatement du couple et la solitude.
Puis dans son livre « La fêlure ». La fêlure n’est qu’un aveu d’échec de toute une vie, les instants de bonheur n’étaient que des instants, Zelda et lui comme personnages de romans, de ses romans, une sorte de malentendu qui conduit du rêve à la normalité et de la normalité au désastre, lui malade et accablé de dettes, ne pouvant plus écrire, elle enfermée en asile psychiatrique.
Lire le livre de Zelda, « Accordez-moi cette valse ». Là aussi, le récit à peine voilé de leur vie conjugale, tentative d’exister par elle-même, leur couple, orageux, tumultueux, excessif mais tellement glamour comme on dirait aujourd’hui, de l’exubérance, de la folie, le parcours qui conduit de la Riviera à l’hôpital psychiatrique. Ecrit en 1932 et huit ans plus tard Zelda hospitalisée en clinique psychiatrique et Scott commençant la lente pente du désespoir et des échecs.
Livre complémentaire de « Tendre est la nuit », tentative elle aussi désespérée de mettre en ordre ses souvenirs, un homme si doué, une femme si éclatante se sont détruits eux-mêmes, quand on est riches et célèbres, vieillir devient insupportables, Dick et Nicole de « Tendre est la nuit », David et Alabama de « Accordez moi cette valse » On sent la même tragédie, celle d’êtres qui ont voulu séduire et être aimés pour l’éternité d’un présent arrêté, dans le Paris des années 20, sur la riviera et ces grandes villas au bord de l’eau, avec ses riches américains, les sports d’hiver, et qui se sont brûlés les ailes, ruinés, alcooliques, fous, la lente chute du couple comme image du désarroi du monde occidental, ils s’aimaient trop et n’ont eu de cesse de se détruire mutuellement, Zelda d’abord, murée en elle-même, prenant Jésus pour un boxeur, Scott ensuite, alcoolique, n’écrivant plus et s’épuisant à satisfaire les fantasmes de Zelda, finalement tous les deux tellement peu doués pour le bonheur.
En définitive le temps qui passe détruit votre jeunesse, la jeunesse comme un rêve dont on ne parvient plus à se souvenir et qui hante votre présent. Le temps qui passe est une faute de goût.

| Copyright Mémoire 7 et JFF 2009 | Nous envoyer un courriel | Infos légales |